Une stabilité française
La France conserve sa 25e position, identique à celle de l'an dernier. Sur le papier, c'est l'immobilité. Dans les faits, le pays reste classé en « situation plutôt bonne », jamais en « situation bonne ». Cette dernière mention n'est attribuée qu'à sept pays, tous situés en Europe du Nord. La Norvège garde la première place pour la dixième année consécutive, devant les Pays-Bas et l'Estonie.
Rester 25e, ce n'est donc pas tenir une position de tête. C'est se maintenir dans un groupe dont aucun membre n'a atteint le niveau le plus exigeant du classement.
Trois points de vigilance pour la France
RSF pointe plusieurs zones de fragilité côté français.
- La concentration de la propriété des médias : un nombre réduit de groupes contrôlerait une part croissante de ce qui se publie.
- L'indépendance des médias publics, qui dépendrait de décisions politiques autant que de moyens.
- La défiance envers les journalistes, entretenue par la circulation de fausses informations qui installe l'idée qu'aucune source ne vaut mieux qu'une autre.
Ces alertes méritent qu'on les regarde de près plutôt que de les reprendre telles quelles. L'indépendance de l'audiovisuel public est-elle réellement compromise, ou surtout redoutée ? Et parler de concentration appelle une nuance quand l'un des titres les plus suivis du pays, Mediapart, n'appartient à aucun groupe et vit de ses seuls abonnés.
Aucun de ces points ne relève de l'urgence absolue. Pris ensemble, ils dessinent une situation qui se tient, mais qui ne progresse plus.
Le vrai sujet est mondial
Pour la première fois en 25 ans d'existence du classement, le score moyen de l'ensemble des pays étudiés est au plus bas. La moitié du monde, 94 pays sur 180, est désormais classée en « situation difficile » ou « très grave ». Ils étaient moins de trente en 2002.
Ce basculement ne tient pas seulement aux journalistes emprisonnés ou tués. Ces violences ont toujours existé.
Ce qui a changé est plus discret, et sans doute plus efficace. L'indicateur qui se dégrade le plus en 2026 est l'indicateur légal : il recule dans plus de 60 % des pays. La pression ne passe plus d'abord par la censure frontale, mais par le droit détourné de sa fonction. Procédures-bâillons, restrictions imposées au nom de la sécurité ou de la lutte contre la désinformation, entraves à la protection des sources.
À cela s'ajoutent le dénigrement organisé par les diffuseurs de fausses informations et l'entrisme dans les rédactions.
L'Europe comme point de stabilité
Des zones de stabilité subsistent. L'Union européenne en fait partie, et plusieurs pays gagneraient à s'en inspirer. La quasi-totalité du haut du classement est européenne. Cela ne veut pas dire que tout y est réglé : la Grèce, la Bulgarie ou la Hongrie figurent loin derrière. Mais l'ensemble reste un repère dans un mouvement général de recul.
Pourquoi ça compte
Ce recul ne concerne pas que les journalistes. Il s'inscrit dans un climat plus large, fait de tensions politiques croissantes et d'un débat public qui se durcit. Leur place les rend simplement plus exposés, parce qu'ils se tiennent en première ligne de l'information.
Il n'existe pas de remède simple, mais des leviers existent. Le premier est juridique, puisque c'est l'indicateur légal qui recule le plus partout : protéger le secret des sources, encadrer les procédures-bâillons…
Une presse libre n'est pas un confort réservé aux démocraties déjà installées. C'est ce qui rend une démocratie possible. Sans information indépendante, pas de débat public réel, pas de prise de conscience sur le climat, pas de compréhension sérieuse de ce qui se passe vraiment.
L'Europe reste le point le plus stable de la carte, certains pays remontent vite comme la Pologne, passée de la 66e à la 27e place en quatre ans, et la France garde une presse vivante avec des titres qui ne doivent rien à aucun groupe. La liberté de la presse n'est pas le luxe d'une démocratie stable. C'est la première marche pour y accéder.