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L’avenir est au Spotify de l’information

Julien Hébrard 14 Sep 2026 2 min

L’avenir est au Spotify de l’information
Un jour (prochain), l’info et la culture seront complètement dématérialisés et distribués via des plateformes à abonnement. Ça a commencé avec Netflix pour les films et les séries et ça finira avec les livres, les émissions, les jeux vidéo ou même, bien entendu, les articles de presse. Nous pourrons scroller les articles de toutes les sources, pour une somme raisonnable, au niveau d’un abonnement Netflix. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que nous avons tous et tout à gagner à une universalisation de l’information, soit un accès total à tout par tous.

Un “Spotify de la presse” finira par émerger

Avec une telle plateforme, vous aurez accès à tous les articles, vidéos ou éléments audio que vous souhaitez, sans avoir besoin de prendre des abonnements à tous les médias qui vous intéressent. D’ailleurs, de nombreuses formes de journalisme y seront présentes, pas seulement les médias au sens traditionnel du terme (journaux, chaînes de télévision ou de radio…). Vous aurez accès à ce qu’on appelle aujourd’hui, faute de mieux, les “nouveaux médias”, comme les podcasts, les newsletters, les vlogs, etc. Vous aurez aussi accès à ceux qui attendent encore d’émerger, comme les collectifs de journalistes ou les vidéastes indépendants ultra-locaux. Tout comme un Deezer ou un Disney+, cette plateforme n’aura pas de frontières : vous pourrez y regarder une vidéo américaine, suivre un journaliste congolais ou générer une traduction d’un article coréen.

Une, ou plus probablement plusieurs de ces plateformes existeront car elles seront une réponse à un vrai besoin de la population. L’une des plus grosses barrières à l’entrée de l’information aujourd’hui, c’est son prix. Rien qu’en France, il faudrait débourser plusieurs centaines d’euros par mois pour être abonné(e) aux seuls titres de la presse quotidienne nationale. Cela sans compter la PQR (presse quotidienne régionale), la presse spécialisée ou hebdomadaire. Cela crée deux problèmes majeurs : la presse est en crise (nous y reviendrons) car il y a trop de journaux trop peu d’abonnements ; ensuite, les lecteurs se détournent des journaux pour se diriger vers le contenu gratuit. Quand ce contenu gratuit ce sont les chaînes d’infos, passe encore. Mais quand ils se tournent plutôt vers les réseaux sociaux, ou pire, vers des sites peu recommandables voire complotistes, l’enjeu devient sociétal.

Les plus gros obstacles sont les journaux eux-mêmes

Il est facile de démontrer que tous les consommateurs d’informations bénéficieraient d’un accès unique à l’information, pour une somme modique. C’est moins le cas pour les médias traditionnels, qu’il faudra convaincre d’accepter un nouvel intermédiaire entre eux et leurs lecteurs. Avec tout ce que cela implique : dilution de la visibilité (donc moins d’hégémonie des grands groupes), moins de contrôle sur les prix, distanciation du lecteur (donc des data associées) voire même chamboulement des canaux de distribution en propre (site, newsletters…) et des régies publicitaires associées. Cela au moment même où ils étaient peu à peu en train de s’affranchir des intermédiaires traditionnels liés au papier : imprimeur, distributeur, marchand de journaux… que la digitalisation fait disparaître. Ce donc n’est finalement qu’une “réintermédiation”.

Par ailleurs, en admettant que les médias acceptent le principe d’une plateforme unique, il faudra ensuite discuter de la répartition du chiffre d’affaires. Car dans les médias, le prix d’un article est loin d’être unique. Un abonnement à un journal peut aujourd’hui varier du simple au centuple. Pour l’actu grand public, comme *Le Monde, Le Figaro* ou *Libération,* on est à moins de 15 € par mois. Pour la presse ultra-spécialisée, ce prix peut monter à plusieurs milliers d’euros annuels. Dans ces conditions, comment définir qui a droit à quoi ? Devra-t-on considérer l’audience initiale ? Le coût de rédaction de l’article ? Sa longueur ? Pour Spotify ou Deezer, la question ne s’est pas posée : l’écoute d’une chanson a la même valeur pour n’importe quel titre. Tout comme les CD étaient vendus au même prix, quel que soit l’artiste et le nombre de pistes disponibles dessus. Si votre chanson capte 10 % des écoutes, vous touchez 10 % des commissions. Ici, ce n’est pas aussi simple.

Une opportunité plutôt qu’une menace pour une presse en crise

Difficulté supplémentaire : le monde de la presse est en crise, notamment parce qu’il a raté le virage d’Internet et craint celui de l’IA. Il faut ajouter à cela les lourdes subventions étatiques et la protection des grands groupes, ce qui ne les a pas incités à innover pour se maintenir à flot. L’arrivée de Google et consorts sur le marché publicitaire, l’explosion du nombre d’articles en accès libre et l’émergence d’une concurrence directe via les créateurs de contenus n’ont rien arrangé. Tout cela fait que les journaux seront réticents à déléguer des sources de revenus directes à un intermédiaire, même si les expériences Deezer ou Spotify montrent que c’est autant lucratif qu’inéluctable.

Pour les petits acteurs de l’information en revanche, ce sera une opportunité comme il y en a rarement eu auparavant. Aujourd’hui, il est déjà possible de créer du contenu et de se faire une petite audience construire patiemment, pour espérer tirer (un peu) de revenu au bout de quelques années. Demain, une telle plateforme fonctionnera un peu comme TikTok (en plus vertueux bien entendu). Un journaliste indépendant ou un petit collectifs pourront être (bien) rémunérés pour de bons papiers, sans avoir besoin de travaille pour un grand titre. Le contenu sera lu principalement parce qu’il est bon, pas parce qu’il sera diffusé par un grand organe de presse. Seront favorisés les médias qui privilégieront le contenu peu abondant mais qualitatif, au détriment de ceux dont une part grandissante du travail consiste à reprendre des dépêches AFP.

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